mercredi 29 septembre 2010
L'introduction à l'introduction aux Sciences de l'information et communication
Pour reprendre une image, les SIC peuvent être comparées à une antichambre ou un hall d'entrée avec de multiples portes d'entrée. Le maître mot est interdisciplinarité. Rappelons comme Daniel Bougnoux que les SIC correspondent à une exigence pédagogique et théorique. Elles sont nées dans les universités du désir d'adapter leurs filières à des débouchés inédits et à l'essor rapide de nouvelles professions. Elles tentent de cadrer les transformations des médias, le développement incessant des nouvelles technologies ainsi que l'essor des relations publiques. Les SIC prolongent à leur manière la philosophie en relançant les grandes questions traditionnelles sur la vérité, le réel, le lien social, l'imaginaire, la possibilité de l'enseignement, de la justice, du consensus, du beau, etc. avec des concepts renouvelés car retrempés notamment selon l'expression de Daniel Bougnoux dans la sémiologie et la pragmatique.
Comme Alex Mucchielli , on peut distinguer quatre domaines d'étude privilégiés :
-Les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication
-Les Mass medias
-Les communications de type publicitaires
-Les communications d'entreprise
mardi 23 février 2010
CM n° 3 L' école de Chicago
Les premiers sociologues ont posé les fondements de l'étude de la communication interpersonnelle et de la communication de masse en même temps que les fondements d'une analyse des relations entre les individus. Karl Marx a ainsi détaché les hommes du règne naturel en utilisant le concept de rapports sociaux, chargé de souligner la dépendance réciproque tant dans le domaine du rapport à la nature que dans celui des idées. Avec le concept d'idéologie et de classes sociales, Marx apporte le conflit dans l'étude des sociétés. Les pensées, les représentations et les images que nous utilisons expriment autant qu'elles imposent des points de vue structurés sur le monde qui sont généralement partagés par les individus qui composent les groupes sociaux cohérents (E. Maigret).
Emile Durkheim parla lui de réalité sui generis des faits sociaux, abordés comme des choses. Il met plutôt l'accent sur le consensus, l'intégration sociale primordiale selon lui pour éviter le désordre moral. Le langage est par exemple transmis dès la naissance et non choisi librement, faisant l'objet d'un consensus logique inculqué par contrainte sociale, comme nos façons d'être, de penser ou d'agir.
Max Weber évoque les formes de l'action sociale, irréductibles à autre chose qu'elles-mêmes car elles sont dépendantes du sens qu'en donnent les individus. Il dissocie le caractère intentionnel des actions sociales en quatre modèles, action rationnelle en finalité (on accorde des moyens à des fins), action rationnelle en valeur (elle est enracinée dans des croyances), action rationnelle affective ( les sentiments sont moteurs), action rationnelle en tradition (l'habitude domine). Toute action fait sens pour l'individu et doit donc ainsi faire sens au sociologue qui cherche à la comprendre.
Gabriel Tarde est en opposition avec la sociologie positive de Durkheim, lui reprochant de considérer les phénomènes sociaux détachés des sujets conscients qui se les représentent. Il veut rendre compte de la nature subjective des interactions sociales. Pour Tarde la société est entrée dans l'ère des publics qu'il oppose à l'ère des foules.
Les pères fondateurs européens et les médias
Durkheim réfute l'influence directe des journaux sur les consciences individuelles dans Le Suicide. Il démontre à l'aide d'éléments statistiques qu'il n'existe pas de propagation des suicides liée à la couverture médiatique. Pour Tocqueville (De la démocratie en Amérique 1835-1840), la presse a un immense pouvoir en démocratie mais pas celui de manipuler les consciences. Elle remplit 3 fonctions, à savoir:
-garantir la liberté en mettant à nu les ressorts de la politique
-maintenir la communauté en fournissant des valeurs communes
-rendre possible et rapide une action concertée.
Gabriel Tarde a proposé un modèle de communication qui rejetait l'idée d'influence directe et autoritaire de la presse au profit de l'idée de public actif. Les journaux proposent des sortes de menus fournissant des perspectives multiples tant en économie, en politique, etc. venant ainsi animer les conversation. "Il suffit d'une plume pour mettre en mouvement des millions de langues". Pour Tarde c'est la conversation qui est à l'origine des opinions individuelles qui se regroupent en opinions sociales.
Marx et Engels ont étudié le roman populaire "socialiste" en se posant la question de son impact bénéfique sur les sentiments révolutionnaires.
Mais les intuitions de ces pères fondateurs n'ont pas eu d'écho immédiat peut être à cause du sous développement relatif des grands médias en Europe et des deux guerres mondiales.
Le pragmatisme américain
Dès les années 1910, la communication a, aux États Unis, partie liée avec le projet de construction d'une science sociale qui repose sur des bases empiriques. L'école de Chicago en est le foyer. Le pragmatisme, courant philosophique dominant, se veut porteur de progrès à la différence de l'idée révolutionnaire de Marx ou du réalisme de Weber ou du républicanisme de Durkheim. Ses fondateurs sont William James, Charles S Peirce, George H Mead, John Dewey. Ils rejettent l'idée d'une connaissance absolue, liée à des vérités éternelles. Ils affirment que les hommes sont véritablement producteurs du sens qui les fait vivre, ce qui implique qu'ils ne font pas que se conformer aux conditions de vie préexistantes et les subir, mais qu'ils sont capables de changement, d'expérience ou de possibilités d'action (Dewey). L'homme se révèle être un animal socialisé, utilisant un outil collectif, le langage, pour se connaître.
Mead affirmera que si la communication entre les hommes était parfaite, la démocratie le serait également. Charles Horton Cowley, sociologue de l'école de Chicago proche du pragmatisme est l'un des premiers à définir la communication comme incluant le langage et les interactions individuelles. Il entrevoit dans la révolution technique des communications le moyen de fonder une véritable communauté secondaire.
L'optimisme du pragmatisme a souvent été critiqué, car véhiculant un darwinisme social et prêtant une faible attention aux questions liées à l'inégalité sociale. Son influence a été déterminante sur la sociologie urbaine de l'école de Chicago, qui sous la houlette de Robert E Park, est la première à avoir jeté les bases d'une étude ethnographique de la presse.
L'école de Chicago
Par ailleurs, la référence à Simmel et à la métaphore biologiste sont à l'origine de la théorie d'"écologie humaine" élaborée avec E. W. Burgess.
On parle ensuite d'une deuxième école voire d'une troisième école de Chicago dont l'un des principaux représentants est, avec Howard Becker, Erving Goffman.
mardi 2 février 2010
Les théories de l'interaction communicationnelle
Nous avons vu précédemment comment le modèle linéaire de Claude Shannon pouvait intéresser les professionnels de la prise de parole en public. Cependant, les messages que nous échangeons se réduisent rarement au seul langage, et ils servent à bien d'autres choses qu'à nous informer mutuellement.
La distinction entre relation et contenu montrera que la communication ne se limite pas à l'information, celle-ci n'en constituant qu'une partie. Pour déchiffrer un message ou comprendre un comportement cela présuppose qu'on sache dans quel cadre entre celui-ci, dans quel type de relation il s'inscrit. Une femme qui se déshabille devant un homme n'a pas le même sens si cet homme est son médecin ou son amant. Pour comprendre une plaisanterie, cela induit le recadrage de messages ordinaires. Communiquer suppose une métacommunication, qui indique dans quelle case, à quel niveau ou adresse ranger le message qu'il soit visuel, verbal ou comportemental. Cette spécification du cadrage est souvent implicite mais à l'écrit devient explicite (exemple: lol , dans les chats pour indiquer une blague ou mdr, mort de rire, etc.).
Quand Gregory Bateson déclare que "communiquer c'est entrer dans l'orchestre" il indique que vous ne communiquerez pas si vous dissonez ou si votre musique s'harmonise mal avec les partitions des autres et les codes en vigueur. Entrer dans l'orchestre c'est donc jouer le jeu d'un certain code, s'inscrire dans une relation compatible avec les canaux, les médias, le réseau disponible. Or ce réseau nous précède.
Ce que suggère Bateson c'est" qu'avant d'envoyer un message, on doit commencer par se demander auprès de qui et sur quel instrument on doit le jouer".
Bateson caractérise la communication à l'aide de 5 principes:
La communication est un phénomène social
La participation à la communication s'opère selon certains modes , verbaux et non verbaux
L'intentionnalité ne détermine pas la communication
La communication sociale se laisse appréhender par l'image de l'orchestre
L'observateur fait nécessairement partie de l'orchestre
Le modèle de l'orchestre a été repris par Yves Winkin dans son ouvrage "La nouvelle communication".
On voit qu'avec ce schéma la communication est définie comme la production collective d'un groupe qui travaille sous la conduite d'un leader. Les questions à se poser seront : quelle est la conduite des acteurs?Quel est le code régulateur? Quelle est la prestation de chacun? Le schéma de linéaire devient circulaire.
On voit ici l'influence de Wiener, pour qui l'information doit pouvoir circuler. Il entrevoyait l'organisation de la société future sur la base de cette nouvelle matière première que sera l'information.
L'école de Palo Alto
Avec les membres de l'école de Palo Alto, la cybernétique débouche sur l'anthropologie pour se dissoudre dans les sciences humaines. Ce cercle intellectuel qui doit son nom à une petite ville californienne se compose de sociologues, psychiatres, linguistes ou mathématiciens liés par des réseaux informels. Ainsi " la communication va acquérir une valeur englobante: elle est la matrice dans laquelle sont enchâssées toutes les activités humaines". Mais le rejet de la linéarité et du système pour le système prôné par Bateson induit un déplacement décisif, à savoir, la découverte des éléments qui composent le tout et le produisent. Pour lui, les systèmes sont immanents aux actions, ils prennent forme dans les interactions que l'on observe et ne se situent pas en amont de ces dernières comme des sources cachées. Bateson, véritable chercheur pluridisciplinaire, s'associe à Birdwhistell, Hall, Goffman, Watzlawick. Dès lors, dans cette vision circulaire de la communication, le récepteur a un rôle aussi important que l'émetteur. Ils emprunteront des concepts et des modèles à la démarche systémique mais également à la linguistique et à la logique. Ces chercheurs tenteront de rendre compte d'une situation globale d'interaction et non pas seulement d'étudier quelques variables prises isolément.
Ils se fonderont sur trois hypothèses.
L'essence de la communication réside dans des processus relationnels et interactionnels (les éléments comptent moins que les rapports qui s'instaurent entre les éléments)
Tout comportement humain a une valeur communicative (les relations qui se répondent et s'impliquent mutuellement peuvent être envisagées comme un vaste système de communication)
Les troubles psychiques renvoient à des perturbations de la communication entre l'individu porteur du symptôme et son entourage
L'idée de communication comme processus social permanent intégrant de multiples modes de comportement comme la parole, le geste, le regard, l'espace interindividuel s'oppose à la notion de communication isolée comme acte verbal conscient et volontaire qui est sous-entendue dans la sociologie fonctionnaliste.
Ces chercheurs se sont référés pour la plupart au courant structuraliste car pour eux parler de systèmes était en résonnance avec structures. La référence la plus constante allant vers Claude Lévi-Strauss.
Ce "collège" ne fut pas une école au sens rigoureux, européen, du terme avec des fondateurs et des disciples. Il fut un milieu fécond d'échanges, de confrontations, de filiations.
L'école de Palo Alto n'a pas réussi à prouver que tout était communication au sens où l'entendait la cybernétique et la linguistique, elle ne s'est pas par ailleurs intéressé à la communication de masse mais elle a montré en revanche que des pans entiers du comportement humain, notamment les techniques corporelles, devaient être intégrées dans les sciences sociales. La communication est donc faite de culture, de gestes, de silences, d'intonations et de règles d'interaction, ce que ne prennent pas en compte bon nombre de théories( de Shannon à Lazersfeld par exemple).
TD : Télévision et culture s'opposent-elles ?
On est tenté d'emblée d'opposer télévision et culture. Pourquoi? De quelle culture parle-t-on? La télévision est-elle un objet de culture voire une médiaculture?
La télévision renvoie à l'idée de communication de masse et est donc souvent jugée contradictoire avec celle de culture qui est associée à l'œuvre artistique qui renvoie à l'élite. La télévision est un flot d'images indifférenciées, de nature industrielle et confine le téléspectateur à la routine et à la passivité, au plaisir immédiat. A contrario, la pratique artistique ou la consommation culturelle est active et déstabilisatrice. Pour dépasser cette vision de la culture faisons appel à Adorno et à sa vision de la culture populaire qu'il segmente en culture populaire ancienne et moderne. S'appuyant sur cette définition et sur les effets possibles de la télévision, ne pourrait-on pas envisager une autre télévision? Il existe des expériences de démocratisation culturelle à la télévision comme certaines émissions ou la chaîne Arte. Mais ce manichéisme est-il de mise?
De quoi parle-t-on quand on parle de culture?
Il existerait une "culture savante" ou "cultureuse", issue du XVIIIème siècle et propagée au XIXème siècle par les romantiques. "L'art pour l'art" fait son apparition à cette époque et va enraciner socialement une définition de culture "cultivée". L'école relayera cette dernière et l'amplifiera ce que Eric Maigret traduit par une définition scolaire de la culture. L'écrit y est survalorisé et l'éthique du plaisir exclut le plaisir car on y recherche essentiellement un plaisir cognitif, le rapport à l'oeuvre conservant une visée formaliste au détriment de l'agrément suscité.
On peut citer bien sûr Bourdieu et l'idée de "culture légitime" avec une corrélation entre la hiérarchie sociale et une hiérarchisation culturelle.
La culture a-t-elle un caractère composite?
On a tendance à considérer certaines formes de culture comme supérieures, le livre et les monuments en sont les exemples les plus évidents. La référence à la culture occidentale est aussi abusive. Mais la culture est-elle monolithique? De multiples études sur la production et la perception de l'art à diverses périodes sont là pour nous le rappeler.
La télévision peut-elle être envisagée comme médiaculture?
Média "bardique "selon Fiske, la télévision peut -elle devenir un des piliers de la culture et non plus une annexe. Pour Dominique Mehl, ce média est en grande partie relationnel et serait une nouvelle forme de culture participative dont les publics s'emparent pour animer les contenus, leur donner vie dans l'échange verbal et l'imaginaire d'une relation de "co-construction du sens qui peut passer aussi bien par les fictions, les jeux que par les talk-shows" (Eric Maigret).
Elle pourrait servir de porte d'accès à toutes les formes de communication sous la forme d'un "média à tout faire" remplaçant l'ensemble des autres formes culturelles pour les publics éloignés des biens et services culturels.
Pour Eco et Thorburn, ce média mêle au sein des mêmes oeuvres des techniques artisanales, culture orale, structures mythiques, innovations formelles, ironie et intertextualité, c'est-à-dire la plupart des modes de faire du sens et de la culture. Ainsi cette télévision serait le prototype même d'une "médiaculture", nouvelle forme de médiation politique et esthétique qui ne reposerait pas principalement sur une culture de la hiérarchie ni sur la séparation de la culture et de la communication(Maigret).
Il conviendrait alors de prendre en compte l'existence de cette culture télévisuelle, notamment l'école qui cherche une voie entre ouverture aux formes contemporaines de culture et enseignement des compétences traditionnelles.
mardi 26 janvier 2010
Ier CM : Les théories de l'information
Les chercheurs ont souvent produit des modèles pour expliquer la communication. Chaque modèle est lié à un contexte, à une époque et à un projet scientifique différents. Ce modèle agit selon Alex Mucchielli comme " un mécanisme perceptif et cognitif différents qui transforme la réalité en représentation." Il permet d'en voir certains aspects mais il en occulte également d'autres, ce qui fait qu'il n'est pas envisageable de penser à Un modèle unique de la communication mais à des modèles.Le schéma de la communication présenté ci-dessous est un modèle souvent cité . Mais il faut insister sur le fait que ce schéma dit de la communication n'est qu'un essai de modélisation de la communication. Il ne faut pas l'envisager comme beaucoup le font trop souvent comme LE MODELE de la communication. Il emprunte à plusieurs théories que je vais succinctement rappeler ici.
La base de ce schéma est constitué par le modèle du télégraphe encore appelé modèle mathématique de l'information selon Shannon. Cette théorie est issue d'une réflexion sur les machines à calculer et sur les automates créés dans les années 1940. Elle est à associer à la cybernétique. Ces théories avaient pour but de décrire et développer le fonctionnement des mécanismes électroniques et biologiques. L'extension de leurs concepts aux comportements humains s'est produite pour de multiples raisons et renforça le modèle linéaire de la communication.
La théorie mathématique de la communication est née de la télégraphie et de la cryptographie, des efforts de l'ingénieur électricien Claude Shannon. Ce dernier était chargé chez Bell Telephone Laboratories de clarifier le processus de formulation de messages cryptés pendant la seconde guerre mondiale ainsi que d'optimiser la transmission des messages c'est-à-dire de répondre à la question suivante : Comment faire circuler le plus grand nombre de messages en un minimum de temps et cela sans perte? Il faut noter que cette démarche s'inscrit dans une vision instrumentale de la communication ce qui sera combattu plus tard notamment par l'école de Palo Alto entre autres.
Ce qui donne le schéma suivant dans le cas de la communication orale.
Le présupposé de la neutralité des instances émettrice et réceptrice s'est ainsi trouvé transposé dans les sciences humaines qui se sont réclamées de cette théorie. Or Shannon ne tenait pas compte de la signification des signaux c'est-à-dire du sens que lui attribue le destinataire.
Weaver viendra compléter à cet effet ce modèle.
Ce que l'on peut résumer par un schéma emprunté à Mucchielli.
Théories de l'information et de la communication
Il s'agit ici de proposer un panorama des grands courants de recherche en Sciences de l'Information et de la Communication. Je mettrai l'accent sur les différents concepts et problématiques liés aux phénomènes de communication ainsi que sur leurs conditions d'émergence.
Ier C M : Les théories de l'information
Le modèle Shannon/Weaver
L'analyse systémique
La Cybernétique de Wiener
IIème CM: Les théories de l'interaction communicationnelle
La communication sociale
L'école de Palo Alto
IIIème CM: L'école de Chicago
IVème CM: Les Mass Communication Research
La sociologie fonctionnaliste des médias
Le double flux de la communication
Vème CM : Les analyses critiques
Les cultural studies
L'école de Francfort
VIème CM
Réflexions sur la société de communication et préparation à l'examen
Le second semestre comptera également trois TD
Ier TD : Télévision et culture
IIème TD : Culture de masse Analyse des séries télévisées
IIIème TD : à définir
mardi 17 novembre 2009
CM n° 6 Les nouvelles approches des phénomènes de communication

I Approche des communications par les médiations matérielles : la médiologie
La théorie médiologique
Régis Debray appelle "médiologie"
l'étude des médiations à travers lesquelles les idées deviennent des forces matérielles. Il s'agit de comprendre comment la parole d'un prophète devient église, un séminaire, une école, un manifeste, un parti. Comment des forces symboliques deviennent des forces matérielles. La réponse passe par une étude des "technologies de la croyance", c'est-à-dire des voies par lesquelles les idées se diffusent et s'incarnent dans le monde.Les études de Régis Debray l'amènent à formuler une théorie reposant sur quelques principes extraits inductivement des cas. Il formule ainsi la "loi des trois états" du développement des médiateurs culturels.
Dans médiologie, "médio" désigne, en première approximation, l'ensemble techniquement et socialement déterminé des moyens de transmission et de circulation symbolique. La médiologie consiste à établir, au cas par cas, des corrélations, si possibles vérifiables, entre les activités des hommes (religion, idéologie, littérature, arts, etc.) ses formes d'organisation politique et ses techniques de mémoire. Debray prend comme hypothèse que ce dernier niveau exerce une influence décisive sur les deux premiers. Une table de repas, un système d'éducation, un café, une chaire d'église, une salle de bibliothèque, une machine à écrire, un parlement ne sont pas faits pour diffuser de l'information, ce ne sont pas des médias, mais ils entrent dans le champ de la médiologie en tant que lieux et enjeux de diffusion, vecteurs de sensibilité et matrices de sociabilité. (Debray, 1994)
Ces étapes (logosphère, graphosphère, vidéosphère) commandent tout un système socioculturel (mentalité, mode de vie...)
Chaque média dominant est à la source de transformations de la sensibilité des hommes et de transformations objectives du milieu de vie, ces transformations se produisant en chaîne.
La problématique et l'objet d'étude de la médiologie
Le point de départ de la médiologie est une interrogation fondamentale sur un certain nombre de phénomènes observé : pourquoi telle idée, telle idéologie, tel idéal révolutionnaire ne se sont-ils pas propagés? Pourquoi, en revanche, la religion chrétienne a-t-elle connue l'expansion et le succès? pourquoi l'idéologie marxiste qui a, pour sa diffusion, beaucoup d'analogies avec cette religion, a-t-elle échoué? La réponse à ces questions est à trouver du côté des "faits matériels". C'est ainsi que les objets d'étude de la médiologie apparaissent: il s'agit de tous les médiateurs physiques de la communication. La médiologie est plus précisément alors l'étude des phénomènes matériels de la transmission culturelle."N'est-ce pas l'automobile, le son, l'image à domicile, le disque, la télé, ces accélarations de l'individualisme, qui ont mis le projet de civilisation socialiste à mal"
La méthode utilisée par la médiologie
Il s'agit d'études de cas dans lesquelles le chercheur tente de reconstituer toutes les étapes du développement ou de la perte de puissance d'une pensée à travers tous les moyens matériels qu'elles mobilisent. Ce travail nécessite une érudition et des recherches précises d'historien des techniques.
Il s'agit d'établir une corrélation systématique entre : d'une part les activités symboliques (idéologie, politique, culture) ; et d'autre part les formes d'organisation, les systèmes d'autorité induits par tel ou tel mode de production, d'archivage et de transmission de l'information. Voilà le but.
"En d'autres termes : les fonctions sociales qu'on appelait supérieures en bonne philosophie, ne peuvent être étudiées indépendamment des structures sociales et matérielles de la transmission, en dehors des supports de traces, ou des mémoires produites par le développement de la société. Plus que de décloisonner des domaines de recherche, il s'agit d'un entrecroisement des genres et des méthodes : la problématique de la médiologie doit prouver son mouvement en marchant. C'est-à-dire : désidéologiser les idéologies, mais à l'inverse spiritualiser les supports matériels, "idéologiser" les techniques de transmissions. Mentaliser l'outillage mnémotechnique de nos sociétés et techniciser notre outillage mental.
Comment parvient-on à ce type d'hypothèse générale ? Personnellement, j'ai fait une enquête sur l'évolution du "pouvoir intellectuel en France".
J'ai ensuite étudié l'histoire de la prise de corps marxiste en Europe : comment naît d'abord une école de pensée, un mouvement politique, un parti, puis des états. J'ai étudié aussi l'ecclésiologie catholique, enfin, -- et personnellement -- je me suis trouvé entre les frontières du "dire et du faire", dans une pratique personnelle d'un intellectuel qui essaie de transformer en action un discours. Donc qui est obligé de concevoir le discours comme parcours.
Prenons l'exemple du Pouvoir intellectuel en France ; d'abord, l'approche médiologique consiste à ne pas donner une définition substantive mais opératoire de l'intellectuel. C'est la fonction qui fait le statut et non l'inverse. La fonction du "transmettre", en l'occurrence. L'intellectuel est le fils du clerc et non du moine, bien entendu. La logique des opérations est donc celle des appareils de transmission. La logique de cette histoire politique est celle de l'histoire des techniques.
Par exemple : l'histoire des intellectuels d'aujourd'hui est celle d'un milieu qui vit dans une écosphère clôturée par trois pôles : L'Université, L'Edition, Les Médias. Bien sûr, ces pôles coexistent dans le moment présent mais chacun d'eux est historiquement daté. Ceci permet d'utiliser une démarche : si la question du transmettre est catégoriale et transhistorique, la réponse à la question ne peut être qu'historique, particulière et locale. Il faut donc faire de l'histoire, mais aussi aller plus loin.
Il s'agit d'une approche à la fois historique et structurale. La fonction des organes de transmission est plus importante que leur intitulé. Pour dégager la logique des traces, il convient de ne pas s'obnubiler sur les signes et insignes. Par exemple : le journaliste remplit la même fonction que l'église autrefois. Le médiatique est l'ecclésiastique du jour.
On voit ainsi que l'étude de cas est complètée par l'utilisation de la dialectique, raisonnement qui s'efforce d'analyser l'évolution des phénomènes sous l'impact de leurs tensions et de leurs antagonismes. On confronte par exemple des phénomènes d'ordre différent comme les supports techniques et les faits culturels. On montre ainsi comment ils s'interpénètrent et interagissent.
Problème posé par la médiologie
La médiologie se positionne comme une approche positiviste, posture intellectuelle quiui apparaît pour certains comme largement inappropriée à l'étude des phénomènes communicationnels car ceux-ci sont essentiellement des phénomènes de sens.
« L’approche positiviste stipule que seules les données observables et mesurables devraient être retenues pour la recherche. Le positivisme est une démarche mise au point pour les sciences naturelles et qui est désormais appliquée aux études sociales. »(Winberg )
Il semblerait que l'on ne puisse évacuer les significations et le sens de la compréhension des phénomènes humains. Pour certains auteurs, Régis Debray manipule les significations et le sens d'une manière cachée.
"Comment traiter des phénomènes de diffusion des idées dans les milieux humains sans parler du sens que ces actions ont pour les acteurs qui les font. Comment aborder la diffusion du catholicisme, comment parler des conversions au christianisme te tels ou tels indivvidus, groupes sans prendre en compte ce que signifiait pour ces acteurs humains le fait d'adhérer, à leur époque, au christianisme? La négation du sens de ce qui se passe pour les acteurs sociaux dans les diffusions d'idées revient à simplifier de manière caricaturale la complexité des phénomènes humains.(Alex Mucchielli)
Eric Maigret parle, quant à lui, d'un" déterminisme technologique qui tient à sa distance ou à son ignorance des nouvelles technologies de l'information car il est essentiellement préoccupé par la question de l'écrit, de l'imprimé, qui lui semble être au cœur du paradigme de la transmission. " Ce courant semble donc négliger toute la nouveauté de son temps, ce que récuse les médiologues.
II L'approche par la "communication-processus"
La théorie sémio-contextuelle
Le concept de "situation-problème pour un acteur social"
Il s'agit de considérer la situation et sa problématique incorporée, du point de vue de l'acteur. Cette situation et sa problématique pour un acteur représentent la définition que cet acteur donne de cette situation concrète dans laquelle il est impliqué. Cette situation définit une partie du monde, suffisante pour que les activités immédiates de l'acteur prennent un sens pour lui et lui permettent de tenter de résoudre la "problématique" posée par cette configuration particulière du monde pour lui.
Le chercheur va tenter de reconstruire cette vision individuelle en s'appuyant sur l'observation des actions, le recueil des dires de l'acteur et de témoins ainsi que sur des entretiens non directifs. S'ensuit un travail d'analyse d'où émergera une formulation de la situation pour l'acteur.
Propriétés de la situation-problème
Elle est toujours"situation pour un acteur social".
Une situation a toujours une problématique principale pour un acteur.
La situation est à la base des phénomènes de genèse du sens Pour l'acteur, le sens d'un phénomène émerge d'une mise en relation de ce phénomène (conduite, communication) avec la situation dans laquelle il se trouve.
L'objet d'études
Les études, dans l'approche sémio-contextuelle de la communication, s'efforcent d'expliciter le travail de la "communication généralisée processuelle",. Cette dernière étant une conduite expressive d'un acteur social qui est examinée du point de vue de son fonctionnement en tant que processus transformant certains éléments pertinents des contextes d'une situation-problème. Il y a toujours un arrière plan dans lesquelles les choses prennent un sens.
La communica
Il existe bon nombre d'analyses sémio-contextuelles, toutes "constructivistes". La principale est certainement la méthode de la contextualisation situationnelle dynamique présentée par Alex Mucchielli. Dans l’approche de la sémiotique situationnelle, il n’y a pas de “situation en soi”, c’est-à-dire de situation qui ait une “réalité” objective, définie et définitive.
Ce chercheur reprend l'exemple de l'aveugle qui mendie sur un pont de Brooklin avec à ses genoux une pancarte "aveugle de naissance" qui sera remplacée par un inconnu qui écrira "c'est le printemps, je ne le vois pas"., pancarte qui maintenant a pour effet d'arrêter les passants qui jetteront des pièces alors qu'ils passaient indifférents auparavant. Il prouve ainsi grâce à son analyse utilisant la méthode du tableau comparatif de l'évolution de la situation, que la communication -en tant que processus- intervient pour changer la situation.
http://www.xn--smio-bpa.com/Analyse-d-une-scene-de-mendicite_a111.html
L’article montre que la communication intervient sur la situation définie par les acteurs en présence. Pour ce faire, elle fait intervenir de nouveaux éléments et les met en place dans les différents contextes constitutifs de cette situation. Au final, elle fait donc apparaître une nouvelle situation. En conséquence, dans la nouvelle situation ainsi construite, une conduite qui avait lieu auparavant, change de sens si elle reste la même, puisque son environnement de référence a changé. Ce phénomène concourt donc à faire changer la conduite des acteurs en présence, car ils abandonnent souvent leur ancienne conduite. Ainsi donc, la communication ne « manipule » pas les acteurs, contrairement à l’idée banale répandue, mais elle manipule la situation définie par ces acteurs. C’est le changement de la situation qui mène à la modification des conduites. Il s’agit là d’une nouvelle conception des « effets » de la communication apportée par la sémiotique situationnelle.
III L'approche par la systémique des communications
Les diffférentes systémiques
La systémique des communications abordée par l'école de Palo Alto n'est que rarement utilisée dans les études sur les communications. Citons toutefois la théorie systémique actuelle de communications dite école de Bézier qui prolonge les travaux du collège invisible.
Conclusion
Il faut noter que nous n'avons vu seulement que quelques unes des principales approches des phénomènes de communication. Il s'agit ici de vous montrer l'extrême diversité de ces approches, tant dans les théories de référence, dans leurs problématiques et objets d'étude et dans leurs méthodes d'analyse.