lundi 10 septembre 2018
Cours 2018-2019 Anthropologie de la communication
vendredi 17 novembre 2017
jeudi 16 novembre 2017
Contrôle des connaissances le mercredi 22 novembre à 8h
Ce contrôle portera sur l'ensemble du cours
jeudi 9 novembre 2017
QCM portant sur la première partie du cours destiné à vous guider dans vos révisions
Q1 : Qui parmi ces auteurs n'est pas anthropologue ?
- a
Régis Debray
- b
Marcel Mauss
- c
Margaret Mead
- d
Gregory Bateson
Q2
: Qui est à l'auteur du concept
du double bind ou double contrainte
- a
Bateson
- b M Mead
- c Lévi-Strauss
- d M Mauss
Q3: Qu'est-ce que la double
contrainte ?
- a Une pratique sado
masochiste
- b Une communication
paradoxale
- c Une communication
intravertie
- d Une communication liée aux
pratiques vaudoues
Q4 : Qu'est-ce que le
culturalisme ?
- a Un mouvement né aux USA et
qui a pour objet le développement du corps
- b un courant de
l'anthropologie polonaise
- c un courant de
l'anthropologie américaine
- d un courant de
l'anthropologie française
Q5
: Qui n'est pas un acteur de l'anthropologie structurale ?
- a
Claude Lévi-Strauss
- b Radcliffe-Brown
- c R Benedict
- d F Boas
Q6 : Qu'est-ce que la
version télégraphiste de la communication?
- a Un
modèle de la communication emprunté au télégraphe
- b Un modèle de la
communication emprunté à l'orchestre
- c Une définition de la
communication empruntée au créateur du télégraphe
- d Un modèle de la
communication emprunté au fondateur du journal The Télégraph
Q7 : A qui doit-on le
modèle du télégraphe ?
- a Y Winkin
- b Mucchielli
- c Shannon
- d Weaver
Q8 : Pour quels travaux
majeurs connaît-on Edward T Hall?
- a La kinesthésie
- b Cinétique
- c Proxémie
- d Magnésie
Q9 : Qui a dit: «
Communiquer c'est entrer dans l'orchestre »?
- a Watzlawick
- b Birdwhistell
- c G Bateson
- d D Jackson
Q10 : Qui est l'auteur du
premier essai sur l'anthropologie de la communication?
- a Watzlawick
- b Birdwhistell
- c G Bateson
- d D Hymes
vendredi 27 octobre 2017
Dossier de recherche
Le but est de comprendre la démarche anthropologique en se confrontant au terrain.
L'observation peut porter sur le langage comme les joutes verbales, les insultes au sein d'une population.
Le dossier est constitué d'un journal de bord faisant apparaître les motivations pour ce choix , mais aussi les difficultés éventuelles rencontrées, réflexions ou frustrations.
La partie principale devant être l'observation ethnographique. La troisième partie, plus difficile sera une tentative d'ananlyses en accord avec le travail de l'anthropologue.
L'observation doit pouvoir être systématisable, c'est-à-dire vous permettre par exemple de revenir tous les jours à la même heure pendant plusieurs jours.
Il s'agit de faire l'aller-retour entre la pratique et la théorie.
Vous pouvez réaliser des entretiens mais ce n'est pas obligatoire. Il ne faut pas de documents visuels tels que photos ou vidéos pour illustrer vos propos.
Le dossier est à rendre avant les vacances de Noël.
mercredi 11 octobre 2017
Une conception orchestrale de la communication
Nous avons vu précédemment comment le modèle linéaire de Claude Shannon pouvait intéresser les professionnels de la prise de parole en public. Cependant, les messages que nous échangeons se réduisent rarement au seul langage, et ils servent à bien d'autres choses qu'à nous informer mutuellement.
La distinction entre relation et contenu montrera que la communication ne se limite pas à l'information, celle-ci n'en constituant qu'une partie. Pour déchiffrer un message ou comprendre un comportement cela présuppose qu'on sache dans quel cadre entre celui-ci, dans quel type de relation il s'inscrit. Une femme qui se déshabille devant un homme n'a pas le même sens si cet homme est son médecin ou son amant. Pour comprendre une plaisanterie, cela induit le recadrage de messages ordinaires. Communiquer suppose une métacommunication, qui indique dans quelle case, à quel niveau ou adresse ranger le message qu'il soit visuel, verbal ou comportemental. Cette spécification du cadrage est souvent implicite mais à l'écrit devient explicite (exemple: lol , dans les chats pour indiquer une blague ou mdr, mort de rire, etc.).
Quand Gregory Bateson déclare que "communiquer c'est entrer dans l'orchestre" il indique que vous ne communiquerez pas si vous dissonez ou si votre musique s'harmonise mal avec les partitions des autres et les codes en vigueur. Entrer dans l'orchestre c'est donc jouer le jeu d'un certain code, s'inscrire dans une relation compatible avec les canaux, les médias, le réseau disponible. Or ce réseau nous précède.
Ce que suggère Bateson c'est" qu'avant d'envoyer un message, on doit commencer par se demander auprès de qui et sur quel instrument on doit le jouer".
Bateson caractérise la communication à l'aide de 5 principes:
La communication est un phénomène social
La participation à la communication s'opère selon certains modes , verbaux et non verbaux
L'intentionnalité ne détermine pas la communication
La communication sociale se laisse appréhender par l'image de l'orchestre
L'observateur fait nécessairement partie de l'orchestre
Le modèle de l'orchestre a été repris par Yves Winkin dans son ouvrage "La nouvelle communication".
On voit qu'avec ce schéma la communication est définie comme la production collective d'un groupe qui travaille sous la conduite d'un leader. Les questions à se poser seront : quelle est la conduite des acteurs?Quel est le code régulateur? Quelle est la prestation de chacun? Le schéma de linéaire devient circulaire.
On voit ici l'influence de Wiener, pour qui l'information doit pouvoir circuler. Il entrevoyait l'organisation de la société future sur la base de cette nouvelle matière première que sera l'information.
L'école de Palo Alto
Avec les membres de l'école de Palo Alto, la cybernétique débouche sur l'anthropologie pour se dissoudre dans les sciences humaines. Ce cercle intellectuel qui doit son nom à une petite ville californienne se compose de sociologues, psychiatres, linguistes ou mathématiciens liés par des réseaux informels. Ainsi " la communication va acquérir une valeur englobante: elle est la matrice dans laquelle sont enchâssées toutes les activités humaines". Mais le rejet de la linéarité et du système pour le système prôné par Bateson induit un déplacement décisif, à savoir, la découverte des éléments qui composent le tout et le produisent. Pour lui, les systèmes sont immanents aux actions, ils prennent forme dans les interactions que l'on observe et ne se situent pas en amont de ces dernières comme des sources cachées. Bateson, véritable chercheur pluridisciplinaire, s'associe à Birdwhistell, Hall, Goffman, Watzlawick. Dès lors, dans cette vision circulaire de la communication, le récepteur a un rôle aussi important que l'émetteur. Ils emprunteront des concepts et des modèles à la démarche systémique mais également à la linguistique et à la logique. Ces chercheurs tenteront de rendre compte d'une situation globale d'interaction et non pas seulement d'étudier quelques variables prises isolément.
Ils se fonderont sur trois hypothèses.
L'essence de la communication réside dans des processus relationnels et interactionnels (les éléments comptent moins que les rapports qui s'instaurent entre les éléments)
Tout comportement humain a une valeur communicative (les relations qui se répondent et s'impliquent mutuellement peuvent être envisagées comme un vaste système de communication)
Les troubles psychiques renvoient à des perturbations de la communication entre l'individu porteur du symptôme et son entourage
L'idée de communication comme processus social permanent intégrant de multiples modes de comportement comme la parole, le geste, le regard, l'espace interindividuel s'oppose à la notion de communication isolée comme acte verbal conscient et volontaire qui est sous-entendue dans la sociologie fonctionnaliste.
Ces chercheurs se sont référés pour la plupart au courant structuraliste car pour eux parler de systèmes était en résonnance avec structures. La référence la plus constante allant vers Claude Lévi-Strauss.
Ce "collège" ne fut pas une école au sens rigoureux, européen, du terme avec des fondateurs et des disciples. Il fut un milieu fécond d'échanges, de confrontations, de filiations.
L'école de Palo Alto n'a pas réussi à prouver que tout était communication au sens où l'entendait la cybernétique et la linguistique, elle ne s'est pas par ailleurs intéressé à la communication de masse mais elle a montré en revanche que des pans entiers du comportement humain, notamment les techniques corporelles, devaient être intégrées dans les sciences sociales. La communication est donc faite de culture, de gestes, de silences, d'intonations et de règles d'interaction, ce que ne prennent pas en compte bon nombre de théories( de Shannon à Lazersfeld par exemple).
La conception télégraphique de la communication
Les chercheurs ont souvent produit des modèles pour expliquer la communication. Chaque modèle est lié à un contexte, à une époque et à un projet scientifique différents. Ce modèle agit selon Alex Mucchielli comme " un mécanisme perceptif et cognitif différents qui transforme la réalité en représentation." Il permet d'en voir certains aspects mais il en occulte également d'autres, ce qui fait qu'il n'est pas envisageable de penser à Un modèle unique de la communication mais à des modèles.Le schéma de la communication présenté ci-dessous est un modèle souvent cité . Mais il faut insister sur le fait que ce schéma dit de la communication n'est qu'un essai de modélisation de la communication. Il ne faut pas l'envisager comme beaucoup le font trop souvent comme LE MODELE de la communication. Il emprunte à plusieurs théories que je vais succinctement rappeler ici.
La base de ce schéma est constitué par le modèle du télégraphe encore appelé modèle mathématique de l'information selon Shannon. Cette théorie est issue d'une réflexion sur les machines à calculer et sur les automates créés dans les années 1940. Elle est à associer à la cybernétique. Ces théories avaient pour but de décrire et développer le fonctionnement des mécanismes électroniques et biologiques. L'extension de leurs concepts aux comportements humains s'est produite pour de multiples raisons et renforça le modèle linéaire de la communication.
La théorie mathématique de la communication est née de la télégraphie et de la cryptographie, des efforts de l'ingénieur électricien Claude Shannon. Ce dernier était chargé chez Bell Telephone Laboratories de clarifier le processus de formulation de messages cryptés pendant la seconde guerre mondiale ainsi que d'optimiser la transmission des messages c'est-à-dire de répondre à la question suivante : Comment faire circuler le plus grand nombre de messages en un minimum de temps et cela sans perte? Il faut noter que cette démarche s'inscrit dans une vision instrumentale de la communication ce qui sera combattu plus tard notamment par l'école de Palo Alto entre autres.
Ce qui donne le schéma suivant dans le cas de la communication orale.
Le présupposé de la neutralité des instances émettrice et réceptrice s'est ainsi trouvé transposé dans les sciences humaines qui se sont réclamées de cette théorie. Or Shannon ne tenait pas compte de la signification des signaux c'est-à-dire du sens que lui attribue le destinataire.
Weaver viendra compléter à cet effet ce modèle.
Ce que l'on peut résumer par un schéma emprunté à Mucchielli.
dimanche 1 octobre 2017
Brève introduction à l'anthropologie
L'autre :L'anthropologie s'est donnée entr'autre comme tâche de penser l'autre. Cette altérité a été d'abord conçue comme historique avec la figure du primitif, et géographique (hors Europe) et souvent schématisée à l'aide de caricatures verbales telles despotisme oriental, irrationnalité africaine, etc. Maintenant l'autre n'est pas étiqueté comme tel dans un cadre nécessairement lointain, on peut s'attacher à étudier un village rural breton.
L'ethnocentrisme : Parler des autres certes mais pas sur le dos ni contre eux, ce qui n'est pas toujours facile étant donné l'ethnocentrisme qui est naturel à tout homme qu'il soit Indien, Arabe ou Français. Il ne s'agit pas de juger les formes morales, religieuses, sociales des autres communautés selon nos propres normes et donc les voir comme anomalies.
Ethnologie et anthropologie : La même discipline est tantôt appelée ethnographie, ethnologie, anthropologie. Pour faire simple, disons que l'ethnographie est l'étape de collecte des données, l'ethnologie le stade des premières synthèses et l'anthropologie la phase des généralisations théoriques souvent faites après comparaison.
L'objet et la démarche : L'anthropologie prend pour objet des unités sociales cohérentes et de faible ampleur. Elle entretient de ce fait des liens étroits avec la sociologie considérée comme sa soeur jumelle. Pour l'anthropologie, les sociétés relativement homogènes et de petites tailles et pour l'autre les sociétés complexes, hétérogènes à forte profondeur historique.
II L'art et la méthode
Une aventure sur le terrain même si l'on est moins dépaysé que les premiers ethnologues arrivés en Afrique ou Océanie. Il y a souvent une attitude de suspicion, on devient soi-même objet exotique ou centre de conversation.
L'observation participante difficile de part la position de l'observateur.
L'interprétation des résultats qui suppose la construction d'hypothèses et l'administration de la preuve. A notre stade, elle est presque impossible.
III Les courants majeurs
L'évolutionnisme avec comme représentants majeurs Lewis Morgan et E B Tylor. Morgan schématise l'évolution humaine en trois grandes phases, sauvagerie, barbarie, civilisation, chacune étant divisée en périodes ancienne, moyenne, et récente.
Le diffusionnisme où la géographie va corriger l'histoire. Remettant en cause l'idée évolutionniste des grandes étapes, le courant diffusionisme vise à étudier le distribution géographique des traits culturels en expliquant leur présence par une succession d'emprunts d'un groupe à l'autre. Franz Boas est la figue majeure de ce courant.
Le culturalisme définit la culture comme système de comportements appris et transmis par l'éducation, l'imitation et le conditionnement dans un milieu social donné. Les culturalistes ont donné une orientation psychologique. Citons parmi eux, R Linton et M. Mead.
Pour être plus complet on peut lire le livre de Claude Rivière chez Hachette
Je mets le lien concernant les zoos humains pour illustrer la difficulté des premiers ethnologues et pour mettre en lumière que la science peut se mettre au service d'idées comme ici la justification de la colonisation
http://www.dailymotion.com/video/xg02z
mercredi 13 septembre 2017
ESQUISSE D'UNE POSTURE ANTHROPOLOGIQUE POUR LES SCIENCES DE L'INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION
_ Par opposition aux écoles d'anthropologie de la communication nord américaines centrées sur l'étude des relations inter personnelles au sein de groupes restreints, l'auteur esquisse le projet d'une anthropologie culturelle historique, géopolitique de la communication qui s'inscrit dans la lignée des travaux de chercheurs comme Claude Lévi-Strauss ou Fernand Braudel. La perspective en est :
1/ de dire ce que la communication fait à l'histoire de l'humanité,
2/ de prendre la mesure des phénomènes contemporains de mondialisation, de brassage et de recomposition des cultures, d'invention de nouvelles formes d'expression identitaire liées à l'essor des moyens de communication. Au croisement des disciplines, les Sciences de l'information et de la communication peuvent attirer l'attention des anthropologues sur l'importance historique des processus de communication, et inversement, utiliser l'Anthropologie comme discipline constituée et constituante, à fin prendre du recul sur les phénomènes de communication qu'elles étudient. _ À l'heure où s'amplifie le débat sur la mondialisation et où se multiplient, non sans succès, les ouvrages publiés sur ce sujet, cet essai aura le mérite de renouveler le point de vue en proposant une vision globale du phénomène, tout en s'appuyant sur l'étude de processus historiques marquants et de situations concrètes exemplaires.
Bibliographie
Cours d'anthropologie de la communication 2017-2018
8 cours magistraux avec une note consécutive à un contrôle des connaissances (40% de la note finale)
Un dossier de recherche effectué sur le terrain (60% de la note finale)
vendredi 22 janvier 2016
L'anthropologie de la communication selon Yves Winkin
mercredi 20 avril 2011
TD N° 3 : Existe-t-il des raisons pour aimer les séries télévisées

recherche, les séries télévisées attirent depuis quelques années l’attention d’un nombre
croissant d’analystes. Revalorisées par les études culturelles (cultural studies) et les
théories sur les usages et les gratifications (Uses and Gratifications), les séries télévisées
témoignent aujourd’hui des diverses mutations qui restructurent les secteurs de la production,
de la diffusion et de la réception médiatiques. Ainsi le numéro spécial de la revue médiamorphoses intitulé « les raisons d’aimer… les séries télé », cherche à mettre en lumière ces mutations afin de comprendre l’engouement populaire que suscitent les séries, genre emblématique de la culture contemporaine, partout dans le monde.
Le numéro d'automne 2010 s'intéresse aux séries Dexter, Docteur House, Mentalist et Skins entre autres.
Peut-on dire que les séries télévisées sont le reflet de nos sociétés, ou contribueraient-elles à fonder une culture commune? On peut se demander également s'il est possible d'identifier des cultures de communautés, de groupes, de générations, nationales, transnationales, mondialisées qui seraient partiellement ou totalement assises sur ce genre de fictions.
Les séries TV ont connu un grand renouvellement depuis les années 1990. Comme les thématiques renouvelées des séries traversent les thèmes étudiés par les sociologues analysant la société dite « post-moderne ». C’est donc naturellement que l’analyse des séries télévisées s’est imposée comme un nouveau champ d’étude des sciences sociales.
Eric Vérat expose bien le fonctionnement de l’économie hollywoodienne des séries télévisées. Évidemment la dimension économique est première dans cette véritable « industrie culturelle » et elle exerce sa logique tout au long de la production des séries : « les séries peuvent rapporter gros et coûtent moins cher qu’un film ». Elles fidélisent le public. Cependant le succès commercial nécessite un vrai travail d’anticipation et d’expertise pour d’abord réaliser des épisodes pilotes qui convaincront les chaînes. Ensuite il s’agit pour les chaînes de bien utiliser leur grille de programme pour cibler les téléspectateurs et ainsi en attirer davantage. La multiplication des chaînes, notamment avec l’arrivée du câble dans les années 1970 a joué un rôle important dans la promotion des séries.
Eric Verat distingue les séries généralistes qui font 20 % de part de marché car elles sont capables de réunir la famille autour de leur télévision (par exemple CSI Les experts ou Desperate Housewives séries niches qui ciblent les spectateurs et donc permettent une programmation publicitaire plus efficace (c’est la cas de 24 heures chrono) qui attirent environ 30% des 18-49 ans.
Les séries télévisées sont un parfait contre exemple à la thèse de l’uniformisation culturelle à l’échelle mondiale. Il existe en effet de multiples modèles de séries dans le monde, la série états-unienne reste néanmoins la référence. Les séries sont un vecteur d’identité culturelle décisif. Ainsi, Régine Chaniac montre que les séries européennes sont particulièrement liées à des références nationales, expliquant la faiblesse des échanges européens en la matière.
Pour Eric Maigret et Guillaume Soulez, la transformation des conditions de l’expression de la culture, notamment par les nouveaux médias, rend l’analyse des pratiques selon la classe sociale d’appartenance moins forte que pour les autres pratiques culturelles. Cette spécificité rend alors possible la coexistence du succès d’audience et la reconnaissance culturelle. Ils expliquent un tel constat par un « relâchement, même faible, de la coercition culturelle ». Néanmoins ces sociologues insistent sur le fait que si la hiérarchie entre les formes culturelles décroît, il existe un jeu de hiérarchie entre les séries elles-mêmes. Des « entrepreneurs de morale » se font les défenseurs et les promoteurs de la culture télévisuelle de « qualité », celle des nouvelles séries américaines, qui contrasteraient avec les anciennes séries ou les autres formes télévisuelles. Ce snobisme concernerait d’abord les jeunes et s’exprime sur les blogs et les magasines consacrés aux séries dont le nombre a grandi ces dernières années.
Si on s'intéresse au contenu on peut retrouver des constantes, voire des clichés. Notamment en ce qui concerne la femme et l'homme dans ces séries. Citons comme exemple le stéréotype de la femme aveuglée par ses sentiments qui fait partie de l'arsenal classique de la misogynie, ou la présence du héros mâle dans une représentation assez classique. Mais cette lecture hâtive n'est-elle pas réductrice ? Qu'en pensent et qu'en disent leurs fans?
Philippe Le Guern a recueilli les témoignages d'étudiants sur la série Skins, série trash qui leur ressemblerait. On peut se demander à l'instar de François Jost, Comment expliquer le sentiment étrange d'attachement à un univers créé de toutes pièces? D'où vient le désir de vouloir connaître la vie de personnages dont on sait qu'ils n'ont d'autres existence que celle que veulent bien leur donner des scénaristes?
mardi 19 avril 2011
CM n°5 Culture de masse et mass médias
Il est emprunté à Catherine Bertho.
XXe siècle : nouveaux médias et interprétation des transformations culturelles"
Au XXe siècle, l’apparition de nouvelles technologies correspond à des remaniements profonds dans le champ de la culture. Le cinéma, le disque, la radiodiffusion, la télévision puis internet entraînent des mutations dans l’économie et les pratiques culturelles. Le livre, le théâtre, le music-hall, la musique populaire prennent alors des formes nouvelles. Les systèmes d’information et de communication se transforment aussi lorsque la radiodiffusion puis la télévision se substituent à la presse comme moyen d’information habituel. Ces transformations donnent lieu à un regard critique des contemporains. Les notions de mass-media et de culture de masse sont élaborées au cours des années 1930 puis critiquées et remises en question. On étudiera dans les leçons de ce second semestre à la fois la mise en place des industries de la culture et l’émergence du discours critique à leur endroit.
I. XXe siècle. Nouvelles technologies
A partir de la dernière décennie du XIXe siècle, de nouvelles technologies apparaissent qui ont en commun de permettre l’enregistrement et la reproduction des œuvres par des procédés mécaniques ainsi que leur diffusion à l’intention d’un public de masse.
a. Le cinéma (muet) apparaît en 1895 - Les Frères Lumière, ainsi que les industriels Pathé et Gaumont en France créent de puissantes compagnies. Aux Etats-Unis Edison contrôle la production jusqu’en 1913. Après quelques hésitations, la projection publique s’impose comme mode usuel de diffusion des films. Ces derniers sont projetés dans des « théâtres » spécialisés, souvent d’anciens music-halls. Au début des années 1930 les films deviennent « parlants »(1927 « The Jazz Singer »), ce qui entraîne un renouvellement complet des procédés de tournage et de projection. Les brevets pour l’enregistrement des disques, ceux du cinéma sonore et ceux de la radio sont contrôlés par des firmes apparentées. Les Etats-Unis et l’Allemagne sont en compétition pour le contrôle des techniques du son.
b. Disque-radio. Dès les années 1880 on peut enregistrer paroles et musiques sur des rouleaux de cire et le restituer pour une écoute collective. L’inventeur et industriel américain Edison est très présent sur ce marché tandis que le marché européen est dominé par des firmes anglaises, allemandes et française (Marconi, Pathé). Après 1925-30 on procède à des enregistrements électriques sur disques 33 tours. De grosses compagnies se mettent en place (Edison, Pathé, Decca). A partir de 1922, dans tous les pays industrialisés, des réseaux de stations de radiodiffusion commencent à vivre de l’association de la publicité et de la diffusion de musique et de spectacles enregistrés.
c. La télévision. Des prototypes d’appareils de télévision sont présentés au public dès la fin des années 1930 mais les réseaux permettant une diffusion auprès du grand public ne se mettent place réellement aux Etats-Unis et en Europe qu’après 1945. Ils reprennent le modèle technique et économique des réseaux de radiodiffusion : réseaux d’émetteurs reliées entre eux, studios d’enregistrement centralisés, financement par la publicité. La valeur des messages publicitaires est indexée sur le nombre d’auditeurs. L’audience est mesurée par des dispositifs spéciaux..
d. L’apparition de la VHS, du DVD et d’internet (1970-2000) oblige à renégocier les frontières entre les domaines et les intérêts économiques en présence. Seul internet, dans la forme que prend le réseau après l’an 2000, modifie considérablement l’économie des mass medias en multipliant les sources de programmes et en généralisant les échanges de pair à pair.
2. Déplacements de frontières dans les pratiques culturelles
Les nouveaux médias se développent en s’appuyant sur le savoir-faire des domaines plus ancienne des arts de la scène et de la culture, dont ils captent en partie le public et mobilisent les créateurs.
Musique. L’opéra, l’opérette, le vaudeville, le café-concert, le music-hall nourrissent les émissions de « variété » de la radiodiffusion. (Ex. « American jazz band »). Dès la fin des années 1920 l’industrie du disque et la radio sont associées et articulent leurs productions sur l’économie du spectacle vivant. Passages à la radio, sortie de disques et tournées sont habilement coordonnés.
Après 1930 le cinéma s’appuie aussi sur les industries de la musique. Les films musicaux (opérettes, « musicals ») constituent un genre à part entière. La musique de film est un débouché pour les compositeurs. Dans la chanson, films, compagnies de disques et radios organisent le succès d’un titre. Par exemple, pour L’Ange Bleu (Von Sternberg, 1930) Marlene Dietrich enregistre « Ich bin die fesche Lola », diffusé ensuite en disque et à la radio. En 1934 les producteurs décident de rajouter la chanson de Dita Parlo « Le chaland qui passe » au film de Jean Vigo L’Atalante, ce qui assure le succès public d’un film difficile.
Ecrit. Le livre savant et le livre populaire fournissent des récits au cinéma muet. Par exemple, un film de 10mn 30 s, tiré de l’œuvre de Charles Dickens, A Christmas Carol, est produit en 1910 dans les studios Edison. Le Fantômas de Pierre Feuillade est tiré d’un roman de Souvestre et Allain. Dans une veine plus populaire, on passe du feuilleton au « serial ». Aux Etats-Unis, The Perils of Pauline, (1914) adapte à l’écran la veine du feuilleton à rebondissements.
Théâtre et spectacle vivant. Le théâtre, classique ou populaire, prête au cinéma ses intrigues, ses acteurs, ses metteurs en scènes, son savoir-faire. Les Films d’art (1908) français sont ainsi créés en France explicitement pour tirer partie du répertoire classique. C’est du théâtre de vaudeville anglais que vient Charlie Chaplin qui y a appris l’art de la pantomime.
3. Les caractéristiques nouvelles
Les nouvelles technologies donnent naissance à des industries qui transforment le champ de la culture. Elles ont des caractéristiques communes.
a. « Industrialisation » de la production.
La première est l’adoption de modèles de production industriels : livres populaires, comic books, disques, et même films sont fabriqués en série selon des procédés industriels, et vendus comme des biens de grande consommation.
La fabrication du livre populaire est industrialisée dès le dernier tiers du XIXe siècle. A Paris la fabrication est délocalisée dans de grandes imprimeries en banlieue. Des éditeurs spécialisés y font fabriquer au meilleur coût des livres imprimés sur du mauvais papier, destinés à un public populaire, urbain. Les intrigues sont stéréotypées, l’écriture simplifiée. Les couvertures sont illustrées. Les éditeurs ont recours à la publicité. Aux Etats-Unis la Western Novel est diffusée de cette façon, de même que les Comic books destinés à un public urbain peu lettré.
En ce qui concerne la musique, Edison crée dans la banlieue de New York (Orange) une usine qui produit des cylindres et appareils de lecture reproduisant la musique enregistrée. La gravure sur disque prend le pas en 1910 sur le cylindre, l’enregistrement électrique s’impose après 1925. Le microsillon apparaît en 1949. Le marché de la musique enregistrée développé des les années 1930 aux Etats-Unis, ne touche le grand public en Europe qu’à la fin des années 1940 et surtout après 1960 (45 tours). Il accompagne des changements culturels de fond :diffusion du jazz, du rock, internationalisation et autonomisation de la culture « jeune ».
L’industrialisation du cinéma concerne en premier lieu le tirage des films destinés aux projections foraines dans les années 1900-1910. Des machines effectuent ainsi le tirage de court métrages reproduits à de nombreux exemplaires dans l’usine de la firme française Pathé à Joinville. Les ouvrières qui colorient certains films travaillent sur le modèle de la chaîne. Aux Etats-Unis c’est tout le système classique de production hollywoodien sera comparé au système fordiste de production.
(Ill. Usine Pathé à Joinville – Usine Edison (N-J) – Disques Decca 1934 )
b. Recherche du public maximum
Le livre bon marché, le cinéma puis le disque visent le marché de masse.
La recherche du plus grand public prend une forme particulière à la radio où sont instituées la mesure de l’audience et le financement par la publicité.
c. On observe la standardisation des produits, l’internationalisation des marchés, la domination économique et culturelle des Etats-Unis.
3. Réflexions critiques sur les mass medias
Cette industrialisation est accompagnée de transformations importantes dans la forme des produits culturels ainsi que dans leur mode de consommation. Les contemporains ont le sentiment de voir naître une nouvelle culture populaire, plus dynamique que la culture cultivée et susceptible de la mettre en péril. Intellectuels et universitaires élaborent de nouveaux concepts pour en rendre compte, voire pour la critiquer.
a. Naissance du concept de « mass médias »
Le mot « mass medias » apparaît aux Etats-Unis vers 1923. Il associe deux termes d’origine différente.
«Medium » est un mot latin, déjà utilisé par Victor Hugo qui voyait dans le poète un «medium » au sens de « passeur ». Il désigne le support du message. On notera qu’il faut considérer à la fois à la fois la technique et l’institution qui permet de la mettre en œuvre : la radiodiffusion, la télévision sont des « mass médias ». La technologie de la radio n’a pas de sens sans l’institution (entreprise, administration) qui la met en œuvre dans un cadre juridique précis.
« Masse » renvoie à la dimension du public des nouvelles technologies, qui sont organisées, au XXe siècle, de façon à atteindre le public le plus vaste possible.
Le terme « mass media » entre dans le langage commun ainsi que «communication de masse », plus utilisé en anglais. Ce dernier terme désigne « les journaux, magazines, cinéma, télévision, radio et publicité, parfois le livre, - surtout la fiction populaire- et la music (industrie de la pop) » (Tim O’Sullivan et autres, Key concepts in mass communication and cultural studies, Routledge, 1994, reed.)
b. Analyse des aspects technologiques des médias et de leurs conséquences sur la création et la réception des œuvres
Les aspects proprement techniques des médias, et leur incidence sur la communication ou l’accès aux œuvres, vont attirer l’attention des contemporains des les années 1930. On retiendra seulement quelques auteurs.
Le philosophe et sociologue allemand Walter Benjamin s’interroge sur la perte de sacralité de l’œuvre d’art dans un texte écrit en 1935 et redevenu célèbre dans les années 1970 « L’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique ».
En ce qui concerne la réception, l’écrivain français Georges Duhamel qui au cours des années 1930 (Scènes de la vie future, 1930) s’interroge sur la différence entre l’acte de lire et celui de regarder un film, pour condamner le cinéma ( un divertissement d’ilotes »)
L’auteur canadien Marshall McLuhan dans une série d’ouvrages extrêmement lus dans les années 1970, essaie de conceptualiser l’effet sur la culture de la domination des réseaux et de la substitution de l’image à l’écrit comme média dominant (Understanding Médias, 1968, The Gutenberg Galaxy,1967, Message is massage,v.1967 ). C’est lui qui introduit la notion de « village global ».
Une dimension qui ne nous retiendra pas ici mais qui est importante est la question de la manipulation de l’opinion à travers les médias de masse. Les Américains, qui ont assisté au cours de la première guerre mondiale à des opérations de propagande très sophistiquées dans leur propre pays produisent des ouvrages sur la manipulation des esprits.
c. Naissance des concepts de « culture de masse » et d’"industrialisation de la culture »
L’analyse des « mass média » conduit aussi à développer deux concepts associés : celui d’industrialisation de la culture et de « culture de masse »
Le mot «masse », utilisé dès les années 1930 dans l’expression « culture de masse » possède des connotations idéologiques et politiques qui vont assurer d’abord sa fortune puis son déclin. Il s’inscrit dans la critique des rapports sociaux et politiques d’une société où les individus ne seraient plus inscrits dans les cadres sociaux traditionnels (église, village, professions) mais seraient atomisés au sein d’une société urbaine qui ne les considèrerait plus que comme des consommateurs. Dépourvues de cadres structurants (le parti, l’église, la nation) ces consommateurs seraient vulnérables à toutes les manipulations. Par ailleurs, ils seraient amenés à consommer des produits culturels de qualité médiocre, dégradés par leur forme de marchandise. Produits à bas coût et en série par les « industries de la culture », ces « produits culturels » auraient perdu la force créatrice et le contenu de critique du monde qui seraient caractéristiques des « véritables » œuvre d’art.
Cette conception critique est particulièrement développée par des philosophes et sociologues rassemblés au sein de ce que l’on appellera l’Ecole de Francfort. Ses premiers membres sont les philosophes allemands Théodore Adorno et Max Horkheimer. Forcés de quitter leurs chaires à l’université de Francfort, ils se réfugient aux Etats Unis avant de revenir à Francfort après la guerre. Ils sont à la fois marxistes, et représentants de l’élite intellectuelle allemande imprégnée de culture. Ils sont horrifiés par ce qu’ils découvrent de la culture de masse américaine qui leur paraît une manipulation du capitalisme américain pour déstructurer la classe ouvrière. La dialectique de la raison (publié en allemand en 1947) est une protestation autant qu’une analyse critique.
Le philosophe germano-américain Herbert Marcuse qui appartient aussi à l’Ecole de Francfort enseigne en Californie où il devient une référence pour le mouvement américain de la contre-culture des années 1960-70. Dans L’homme unidimensionnel (1964) il adapte au monde contemporain le concept marxiste d’aliénation en montrant que les mass media contribuent à rendre les contemporains «étrangers à eux-même », inconscients de leur véritable place dans le monde et de leurs intérêts, et donc «aliénés».
Appartient aussi à l’Ecole de Francfort l’essayiste Siegfried Kracauer, qui publie en 1948 une analyse du cinéma allemand De Caligari à Hitler, une analyse psychologique du cinéma allemand (édité en français en 1973) dans laquelle il s’interroge sur la responsabilité politique du cinéma de fiction.
Les travaux de l’école de Francfort seront développés en Europe par l’introduction de la pensée du philosophe allemand de la génération suivante Jürgen Habermas dont la thèse introduit le concept « d’espace public » L'espace public : archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise (1963).
L’arrière-plan clairement marxiste des ces différents penseurs est souligné par d’autres auteurs, en particulier américains, qui y voient un parti pris limitant la pertinence de leurs analyses.
d. Les cultural studies et la question de la culture populaire
Les cultural studies vont aborder la question de la culture populaire du XXe siècle à partir d’un point de vue souvent aussi engagé mais plus pragmatique. Au lieu de procéder à une analyse philosophique et à une condamnation globale, les historiens des cultural studies multiplient les analyses fines de situation de communication ou de pratiques culturelles populaires et examinent la façon dont l’industrialisation de la culture les transforment. Deux auteurs anglais sont importants : Hoggart avec The Uses of Literacy (1957, traduit par La culture du pauvre, Editions de minuit, 1970) offre une analyse sensible, fondée sur son expérience personnelle, de la culture ouvrière anglaise au milieu du XXe siècle. Raymond Williams, fondateur de la New Left review, publie Culture and Society (1958) et analyse ensuite la télévision anglaise, souvent dans des rapports commandés par la BBC.
La veine américaine des cultural studies est toute différente. Elle prend sa source dans le désir de reconsidérer les minorités (raciales, sexuelles) et de défendre leurs droits. Ses premiers travaux s’interrogent donc sur la façon dont une culture dominante altère et minore la représentation des groupes dominés dans la société. Elles développement ensuite les études-coloniales et post coloniales, s’adaptant aux problématiques de l’économie mondialisée des médias de la fin du XXe siècle.
Conclusion
L’analyse actuelle des mass media et de leurs relations avec les transformations de la culture populaire reprend, souvent sans les expliciter, des concepts ou des analyses empruntées aux auteurs cités ci-dessus. On considèrera dans les séances suivantes de ce cours du second semestre à la fois ce que nous disent les historiens de la mise en place des industries de la culture au XXe siècle et la représentation qu’en ont eue certains des contemporains les plus influents.
